Les philosophes* de A à Z 
* les auteurs du Bac sont signalés par un 
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© Christophe salaün

Parutions récentes
David Hume, Essais sur le bonheur. Les Quatre Philosophes.
Traduction anonyme du XVIIIè siècle. Notes et postface par Christophe Salaün.
Mille et une nuits, mai 2011
David Hume (1711-1776), le célèbre philosophe écossais, propose, dans un exercice à l'antique, d'explorer les diverses voies qui mènent au bonheur. Mais qu'on ne s'attende pas à trouver dans ce volume des recettes propres à nous rendre heureux! Certes,  les voies proposées par l'«Épicurien», le «Stoïcien» et  le «Platonicien» sont toujours susceptibles de nous y conduire mais, contre toute attente, on mesure combien la façon de penser du Sceptique n'est pas la plus extravagante. Comme si en matière de bonheur, le plus sûr des principes est encore de ne pas en avoir et de prêter plus d'égard non aux objets de nos passions qu'à nos passions mêmes…http://www.amazon.fr/Essais-sur-bonheur-Quatre-philosophes/dp/275550613X/ref=sr_1_4?s=books&ie=UTF8&qid=1305625609&sr=1-4http://www.amazon.fr/Essais-sur-bonheur-Quatre-philosophes/dp/275550613X/ref=sr_1_4?s=books&ie=UTF8&qid=1305625609&sr=1-4http://www.amazon.fr/Essais-sur-bonheur-Quatre-philosophes/dp/275550613X/ref=sr_1_4?s=books&ie=UTF8&qid=1305625609&sr=1-4WhoWeAre.htmlhttp://www.1001nuits.com/accueil/index.htmlWhoWeAre.htmlshapeimage_6_link_0shapeimage_6_link_1shapeimage_6_link_2shapeimage_6_link_3shapeimage_6_link_4

Un homme blessé


Jean-Noël Jeanneney, L’État blessé, Flammarion, mars 2012.


La récente parution de L’État blessé, est certes circonstancielle, mais la recommandation que fait Michel Winock, le 2 mars dernier, dans le Huffington Post, de ce livre « accablant pour le président sortant », ainsi que la personnalité distinguée et mesurée de son auteur, Jean-Noël Jeanneney, ancien ministre et historien respecté, tout cela laissait augurer, de la part d’un si fin observateur de la vie politique, un réquisitoire bien meilleur. Tous les faits — le Fouquet’s, le yacht de Bolloré, Bigard au Vatican, le «parler comme les gens», le détournement de l’histoire, le tapis rouge pour Kadhafi, le mépris pour la laïcité, la fascination pour l’argent, le footing ostentatoire, le déballage de sa vie sentimentale, l’épisode de la Princesse de Clève, le tutoiement… —, tous les faits rapportés dans cet ouvrage le sont pourtant avec la plus grande exactitude, et montrent combien l’incapacité de Nicolas Sarkozy à se tenir, à tous les sens du termes, à la hauteur de la responsabilité qui lui a été confiée en 2007, a rabaissé la fonction présidentielle, dévalorisé l’État et affaibli la République. Tout est donc vrai.

Mais pourquoi cela ne sonne-t-il pas juste ? À peine est-on ébranlé par le rappel des scandales symboliques du quinquennat qui s’achève, qu’on s’apitoie sur les souffrances éprouvées par les  grands serviteurs des Corps de l’État, qu’il s’agisse des Finances, des Affaires étrangères, ou de la Justice… Au moindre fait, l’auteur ne peut s’empêcher de mêler, au choix, des « confidences » faites par de grands anonymes qui se plaignent d’avoir été outragés, le récit d’humiliations vécues étrangement sur un mode personnel, comme si le rayonnement de la France à l’étranger se mesurait à l’attitude d’un douanier de l’aéroport de Caracas… On glisse ainsi par alternance d’un rappel rigoureux des actes d’un président, à un registre doloriste, à des considérations générales sur l’Histoire et le rôle des grands hommes, agrémentées de citations d’intérêt inégal, placées là comme pour donner corps et liant à la construction de l’ensemble.

Pour tout dire, il y a dans tout cela une mollesse qui ennuie vite, des prudences de chat, même un ton précieux et contourné. On parle donc beaucoup de l’État, de son administration, de ses rituels, de son étiquette, c’est-à-dire de ses manies qui ont parfois, reconnaissons-le, des airs de fossiles ou de curiosités comme en abritent certains cabinets. Nul doute qu’une institution, dans l’exercice de ses prérogatives,  trouve à s’incarner dans ces manières compassées d’honnête homme. Elles en font même tout le charme, et ce raffinement contribue à la solennité indispensable qui inspire à chaque citoyen juste respect et déférence. Mais à lire ces commentaires « indignés », on ne peut s’empêcher d’y voir parfois les lamentations d’un Désableau sur la « noblesse de la bourgeoisie »…


Christophe Salaün