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Un homme blessé
Jean-Noël Jeanneney, L’État blessé, Flammarion, mars 2012.

Mais pourquoi cela ne sonne-t-il pas juste ? À peine est-on ébranlé par le rappel des scandales symboliques du quinquennat qui s’achève, qu’on s’apitoie sur les souffrances éprouvées par les grands serviteurs des Corps de l’État, qu’il s’agisse des Finances, des Affaires étrangères, ou de la Justice… Au moindre fait, l’auteur ne peut s’empêcher de mêler, au choix, des « confidences » faites par de grands anonymes qui se plaignent d’avoir été outragés, le récit d’humiliations vécues étrangement sur un mode personnel, comme si le rayonnement de la France à l’étranger se mesurait à l’attitude d’un douanier de l’aéroport de Caracas… On glisse ainsi par alternance d’un rappel rigoureux des actes d’un président, à un registre doloriste, à des considérations générales sur l’Histoire et le rôle des grands hommes, agrémentées de citations d’intérêt inégal, placées là comme pour donner corps et liant à la construction de l’ensemble.
Pour tout dire, il y a dans tout cela une mollesse qui ennuie vite, des prudences de chat, même un ton précieux et contourné. On parle donc beaucoup de l’État, de son administration, de ses rituels, de son étiquette, c’est-à-dire de ses manies qui ont parfois, reconnaissons-le, des airs de fossiles ou de curiosités comme en abritent certains cabinets. Nul doute qu’une institution, dans l’exercice de ses prérogatives, trouve à s’incarner dans ces manières compassées d’honnête homme. Elles en font même tout le charme, et ce raffinement contribue à la solennité indispensable qui inspire à chaque citoyen juste respect et déférence. Mais à lire ces commentaires « indignés », on ne peut s’empêcher d’y voir parfois les lamentations d’un Désableau sur la « noblesse de la bourgeoisie »…